Même la pluie, si son titre ne semble pas être explicite de prime abord, révèlera vite l’ampleur cachée derrière ces trois mots. Film mexicain, espagnol et français celui-ci se déroule pourtant en Bolivie, le lieu choisi par une équipe de tournage pour réaliser son œuvre. Mais alors que le filmage bat son plein, des évènements politiques liés à la privatisation de l’eau ne tarderont pas à apparaître.

Le long-métrage de la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín signe le retour du duo entre Gael García Bernal (déjà aperçu dans Carnets de Voyage) et Luis Tosar. Ce dernier campe le rôle de Costa, producteur du film de Sebastian ; et si Gael García Bernal endosse le costume de jeune réalisateur enthousiaste  à l’idée de faire un véritable film historique sur le massacre des Indiens d’Amérique il n’en est pas de même pour le producteur, plus déterminé à le boucler rapidement à moindre coût qu’autre chose.

C’est ainsi que l’on assistera aux difficultés inhérente à un exercice de réalisation : casting, lieu de tournage, sécurité et, dans le cas présent, acteurs pour le moins flottants. L’œil de la caméra passera parfois derrière ceux du film de Sebastian pour dénoncer, à travers de multiples reconstituions historiques, le carnage des espagnols de Colomb effectué sur les Indiens d’Amérique et le silence imposé aux voix qui finissent par s’élever au sein même de l’Église. Les passages de mise en abyme offrent ainsi un second film dans le film, une seconde opportunité d’appréhender le vrai message de l’œuvre.

Car Même la pluie ne se contente pas de deux trames mais de trois, avec la survenue progressive d’émeutes liées à la privatisation de l’eau de la ville susceptible de gêner le tournage. Alors que l’acteur principal s’implique lui-même comme leader dans le mouvement de contestation, la bataille fait rage entre un réalisateur soucieux de terminer son filmage et un producteur égoïste inquiet pour sa vie. Mais au fil des dangers, l’égoïsme de l’un va se déverser dans la bonté de l’autre et chacun prendra sa voie de façon troublante.

Classique du cinéma hispanique dans sa réalisation, Même la pluie puise sa force à la source, dans un scénario d’apparence complexe où tous les évènements finissent par concourir à un même but : sauver son existence, dans tous les sens du terme. Film sans prétention et pourtant engagé s’il en est, la question du traitement des Indiens et l’humilité qu’il transcende d’une époque à une autre, de l’un à l’autre, en est indéniablement son message le plus fort.

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