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En terme d’erreur judiciaire, s’il y a bien une affaire qui fait figure de triste symbole, c’est celle d’Outreau. Bataille judiciaire sans précédent, cet évènement a entraîné la mise en place d’une commission parlementaire destinée à répondre à une seule et unique question : comment le système judiciaire a-t-il pu se tromper ainsi ? Comment la vie de plusieurs familles a-t-elle pu être brisée par de simples témoignages mensongers ? Présumé Coupable retrace le calvaire d’un des accusés, Alain Marécaux, pris dans le malheur de cette histoire.

Alain Marécaux, huissier de justice, vit plus ou moins paisiblement sa vie de famille avec sa femme et ses trois enfants. Père peu présent mais avant tout père aimant, le fonctionnaire peine à réaliser le drame qui lui tombe dessus a l’aube de ce jour de novembre 2001 : arrêté violemment lui et sa femme sous couvert d’accusation de pédophilie, celui-ci ne pense qu’à une explication possible, une erreur policière. Sa garde à vue musclée et sa mise en détention prolongent cependant la douleur : comment peut-on se méprendre ainsi ? Alain apprend alors qu’il n’est pas seul dans son cas, 13 personnes ayant été arrêtées et surtout que son propre fils le dénonce également.

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Pris dans une telle histoire, l’accusé ne peut que passivement observer la machine judiciaire qui se referme peu à peu sur lui. Les policiers, juges et autres magistrats semblent ligués contre l’huissier; poussés à la négligence du dossier par la pression sociale existant sur ce genre de cas et par les propos exacerbées des médias. Au bout de plusieurs longs mois de détention, M. Marécaux finit par perdre espoir : sa femme le quitte, sa mère meurt de tristesse et les nombreux appels lancés par son avocat n’aboutissent pas. Ce n’est qu’à la suite de plusieurs années de prison et plusieurs tentatives de suicide que le « présumé coupable » obtient enfin gain de cause et indemnisation lors d’un procès parisien, point d’orgue de l’affaire d’Outreau.

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La descente aux enfers du fonctionnaire telle que dépeinte ici semble irrationnelle, irréaliste, et pourtant : c’est l’adaptation fidèle de son roman Chronique de mon erreur judiciaire que le vrai accusé a souhaité voir portée à l’écran. Dans la peau de celui-ci, Philippe Torreton nous fait vivre intensément son cauchemar, de l’arrestation à l’acquittement. Dur et pourtant fidèle à la réalité, le film narre d’un oeil froid le périple des 14 accusés et notamment celui de l’huissier de justice, ce qui ne peut qu’amplifier la dénonciation. La justice, justement, est mise à mal lors de cette projection : celle-ci ne fait pas son travail correctement et entraîne la déchirure de dizaines de vies. Cette horreur incontestable que Présumé Coupable retrace brillamment mais surtout solennellement finit par toucher profondément le spectateur, qui ne peut s’empêcher de se mettre dans la peau d’Alain.

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L’œuvre de Vincent Garrang n’est peut-être pas exempt de défauts purement cinématographiques comme la lourdeur de certaines scènes de procès ou le bâclage final qui peut se faire sentir. Mais la justesse de Philippe Torreton dans l’interprétation de la déshumanisation profonde d’Alain Marécaux, simple huissier de justice à qui l’on prit toute une vie et la critique de l’erreur judiciaire apportent à Présumé Coupable toute l’importance et la légitimité dont il doit incomber à cette affaire. Plus qu’un film, cette œuvre contraint à réfléchir sur les moyens de la justice aujourd’hui et à se mettre à la place de cette homme comme les autres injustement accusé à tort.