http://img849.imageshack.us/img849/3373/critiquecinechevrespent.jpg

Sorti il y a de cela deux ans, Les Chèvres du Pentagone (The Men Who Stare at Goats en version originale, un titre beaucoup plus approprié) s’inspire de faits réels attribués à l’armée américaine il y a de cela plus de 30 ans : des recherches top-secrètes sur des expériences paranormales se basant sur des hommes d’exceptions dits Jedi – oui oui, Jedi, comme dans Star Wars – capables de pouvoirs surnaturels. Drôle, décalé mais surtout original, le film n’est certes pas exempt de défauts mais l’étrangeté dont il bénéficie tout au long de ses 90 minutes vaut assurément le détour.

Une histoire vraie donc. Évidemment, l’essentiel des sujets abordés lors de ce film n’est purement et simplement pas possible à décrire ici tant celui-ci renferme un côté touche-à-tout dû au sujet sur lequel il se base (le paranormal); c’est pourquoi je me contenterai d’un bref pitch général. Un journaliste au cœur brisé, Bob Wilton, suit le chemin emprunté par de nombreux soldats ayant subit la même mésaventure : il part à la guerre dans un pays encore très dangereux au moment de l’action, l’Irak. Mais Bob croisera rapidement sur son chemin un de ces soldats Jedi auxquels il a déjà eu affaire en écrivant un article auparavant, Lyn Cassady, réputé pour être le plus doué d’entre eux. S’ensuit une longue traversée du désert et par la même occasion du passé de Lyn au cour duquel se découvrira peu à peu les étranges expériences réalisées par l’armée américaine des années plus tôt et leurs conséquences…

https://playintubeandco.files.wordpress.com/2014/05/critiquecinechevrespent_3.jpg

Décor planté, c’est avec un Bob curieux et un Lyn blasé que nous ferons connaissance le long de leur périple clairsemé de flashbacks. Ceux-ci deviendront de par leur importance une seconde trame de l’œuvre, une sorte de chemin secondaire d’un temps révolu qui trouvera malgré tout lien avec le présent dans une seconde partie de film plutôt incompréhensible d’ailleurs. Car là s’il en est un problème du sujet critiqué : Les Chèvres du Pentagone est un des films les plus expérimentaux qui soit; et tant pis si le spectateur se perd dans les méandres du bizarre et de l’anormal. Pourtant, le long métrage n’est pas ennuyeux en soit. Non, là où le bat blesse, c’est dans le manque de profondeur des sujets abordés, le manque de densité de certaines informations qui paraissent dès lors délivrées à la va-vite si ce n’est bâclées : un format plus long mais aussi plus dense aurait peut-être été un choix judicieux. Mais qu’importe, ce problème majeur découle inévitablement de ce qui est le point fort du film, un effet paradoxal facilement explicable : à trop vouloir toucher dans l’originalité et l’expérimentation Les Chèvres du Pentagone risque de ne pas plaire à tout le monde. Mais c’est néanmoins pour cela que la création vaut le coup : porter réflexion sur une armée alternative basée sur la nature, les éléments et les sens dans la recherche d’un pacifisme inédit.

https://playintubeandco.files.wordpress.com/2014/05/critiquecinechevrespent_4.jpg

Intéressé par le rôle, le charmant tombeur qu’est Mr. Clooney a tout de suite signé le contrat qui lui était proposé : un bien bon choix tant la peau de soldat Jedi surdoué correspond à son flegme légendaire. Crédible également, Evan McGregor interpelle dans son rôle de journaliste avide de connaissance; ce qui ne peut que provoquer un tandem hilarant. Subtils, les gags plus ou moins réussis ne resteront pas dans les mémoires mais assureront une ambiance décalée collant parfaitement aux expériences parapsychiques auxquelles on peut assister ici. A propos d’expériences, citons le précurseur, le maître de celles-ci : Bill Django, fondateur de l’unité spéciale, joué par un Jeff Bridges convaincant qui contraste avec le « méchant » de l’histoire qui manque ici de charisme et dont la personnalité, volontairement peu cernée, ne laisse nullement deviner ses réels desseins. Niveau réalisation, rien de notable, c’est correct, sans plus, avec une B.O. relativement discrète et des scènes d’action bien réalisées, point. Un manque de densité encore une fois, de désir de « bien faire » pour un film qui se contente du minimum dans ce domaine; dommage…

https://playintubeandco.files.wordpress.com/2014/05/critiquecinechevrespent_5.jpg

Manquant certainement d’ambition, Les Chèvres du Pentagone n’est manifestement pas un grand film, son absence de densité le cantonnent au rang de curiosité cinématographique. Mais son côté décalé, sa vision pacifique et réfléchie des choses à travers une histoire complètement tirée par les cheveux vaut le coup le temps d’une petite heure et demie pour tout spectateur en quête d’originalité non dénuée de fondements dans un quête spirituelle totalement déroutante.