S’ouvrant sur une scène d’action magistrale, Léon perd le spectateur dès la première seconde et le happe dans ce qu’il n’est pas : un film d’action. Car Léon n’est pas un film d’action. Certes, les scènes de ce type se multiplient tout au long de l’œuvre mais ne prennent pas place prépondérante. Léon n’est pas non plus un film romantique. Certes, l’histoire peut amener à la découverte de sentiments inattendus chez les protagonistes mais cela ne suffit pas à en faire une romance conformiste. Non, le film de Luc Besson est bien plus que ça. Ce n’est rien de plus qu’un chef d’œuvre mêlant de façon improbable un tueur à gage désabusé avec une jeune fille désireuse de vengeance dans un thriller bouleversant.

Rien n’est banal dans ce film, à commencer par le scénario. Assistant à la mort de sa famille pour une vulgaire histoire de drogue, la toute jeune Mathilda (incarnée par Nathalie Portman) n’a d’autre choix que de demander l’aide de Léon (Jean Reno), tueur à gage, afin de devenir « comme lui » et de parvenir à venger son petit frère. Réfractaire au départ, l’homme finira par accepter de lui enseigner son « art » et apprentie et instructeur se lieront d’une amitié qui ne peut qu’augurer de l’amour… Histoire atypique donc, avec des rôles hauts en couleurs. Ainsi d’abord difficile à cerner, Léon finira par se dévoiler au fil de l’enseignement octroyé à Mathilda qui ne « grandira pas » mais « deviendra vieille ». Déjà dotée d’un caractère hors du commun, la petite endurcie par le deuil de sa famille (et notamment de son petit frère) dominera contre toute attente le caractère las, blasé du tueur moins dangereux, moins brutal qu’on ne le croirait au premier coup d’œil. Curieuse, provocante, parfois insolente, tant de mots pour décrire la personnalité de Mathilda dès lors précoce pour son jeune âge. un âge qui l’handicapera dans sa quête de vengeance mais qui ne sera pas une barrière hermétique dans son ascension vers le professionnalisme du tueur. Une ascension marquée par des victoires mais aussi des échecs, des rêves suivis de désillusions mais surtout par une violence inouïe.

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Violent, Léon l’est sans aucun doute. Une brutalité virulente présente du début à la fin en totale opposition avec le lien qui tourmente les deux orphelins. Gratuite, cette agressivité torrentielle baigne la trame dans un climat malsain fait de drogue, de flingues mais surtout de litres d’hémoglobine et de scènes crues. Le souhait de M. Besson de réaliser ce thriller « à l’américaine » est parfaitement dépeint ici; ce qui n’est pas en soi une mauvaise chose, loin de là. Interdit aux moins de douze ans, Léon pourra ainsi choquer les âmes les plus sensibles mais il serait déraisonnable de passer à côté de cette merveille pour cette simple raison, d’autant plus que les scènes de brutalité inaccoutumée ne sont pas non plus l’essentiel du film de par leur importance tout comme de par leur nombre. Mentionnons cependant leur réalisme époustouflant qui parvient quelque fois à provoquer un suspense saisissant, stupéfiant absolument rare au cinéma.

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Le montage du film est réalisé de façon si puissante, si naturelle qu’il est impossible de s’ennuyer en regardant Léon, un des films les plus captivants qu’il ait jamais existé. Les plans subliment parfaitement l’action et jamais le sentiment d’être dans un film, justement, ne s’installe. Rien à redire sur l’incarnation des rôles par les acteurs, absolument exceptionnelle avec un Gary Oldman démoniaque, un Jean Reno plus agité intérieurement qu’extérieurement et une surprenante future star, Nathalie Portman, ici très à l’aise dans son premier rôle. La bande sonore, une pure merveille synthétique à l’orientale d’Éric Serra (à qui l’on doit de nombreuses bande-originales connues et reconnues dans le monde cinématographique) colle parfaitement à l’ambiance du film et vient bien souvent rajouter une couche de mélancolie, de tristesse, de drame à un film qui en comporte énormément par nature. La vie même des personnages apparaît importante, indéniablement réelle au fil de la projection malgré l’invraisemblable mélange humain porté ici à l’écran et l’attachement à ces derniers est inévitable. Impossible de ne rien éprouver à la vue des malheurs de Mathilda ou de la froideur incertaine de Léon. Seul véritable point négatif, le dénouement quelque peu prévisible qui satisfera sans hésitation le plus grand nombre au détriment d’une originalité malheureusement délaissée pour l’occasion. Le côté américain qui ressort ici, sans doute…

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Brutal, violent, sanglant mais aussi triste, poignant, bouleversant : voilà ce qu’est le formidable mélange de Luc Besson qui révélera une talentueuse actrice  au côté d’un acteur confirmé afin de parvenir à procurer des émotions au fil de l’apprentissage de l’art de l’arme mais aussi de l’apprentissage de la vie…