Ce n’est pas une mais bien deux critiques que je vous propose aujourd’hui, et pour cause : il s’agit de celle de Tron, l’original de 1982, suivie de sa suite, Tron l’Héritage sorti en février 2011 en salles obscures.

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En terme d’ovnis cinématographiques, Tron fait partie de ces films visionnaires, futuristes, en avance sur leur temps, trop peut-être. Mais si ce film de 1982 estampillé « pour geeks » peut paraître extrêmement compliqué au premier abord, il n’en est rien au final et si vous risquez fort de sortir de ce film désorienté, vous le serez… Désorienté mais surtout enchanté.

 

De fait, Tron se base sur une banale histoire d’usurpation : Flynn, talentueux concepteur de jeux-vidéos, s’est fait voler ses extraordinaires créations par son ex-employeur, lequel profita de ces merveilles pour s’enrichir et bâtir une empire s’appuyant sur un ordinateur très – trop – intelligent, le Maître Contrôleur Principal (MPC). Désireux de récupérer son travail,  le concepteur de génie compte sur l’aide de deux ex-collègues, Alan et Lora afin d’infiltrer cette machine diabolique. Malheureusement pour lui, Flynn sera téléporté contre son plein gré dans l’intérieur même du MPC où il devra faire face à de nombreux danger dans un monde pas si virtuel qu’il n’y paraît. Heureusement, pour l’aider à survivre et à parvenir à ses desseins dans cet univers vidéo-ludique, il pourra compter sur l’aide d’un programme indépendant crée par Alan : Tron.

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Précisons-le tout de suite, si quelques scènes (notamment de début et de fin) se déroulent dans le monde réel, la majeure partie du film se passe à l’intérieur même du MPC, ce qui eu pour conséquence de faire de Tron le premier film à utiliser de façon massive l’animation 3D pré-calculée par ordinateur. On comprend de suite mieux pourquoi ce film fût une révolution; sur le plan graphique tout du moins. Les effets de lumières restent encore très jolis de nos jours, alors comment ne pas imaginer la stupéfaction des spectateurs en 1982. Les textures restent bien évidemment basiques (l’effet « lissé » appliqué par exemple aux véhicules possède toutefois un certain charme) mais la magie des costumes, des décors, de la cohérence générale du film forcent l’admiration.

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Du reste, Tron se trouve être un film d’action plus ou moins classique, malgré un scenario qui manque un peu de rebondissements, de profondeur; au même titre que les dialogues d’ailleurs. Les acteurs sont quant à eux pour la plupart parfaitement intégrés à la peau de leurs personnages respectifs et le doublage français est tout à fait honorable. Mention spéciale au personnage de Flynn, Jeff Bridges, passionné dans son rôle de…passionné (il sera d’ailleurs de retour dans le second film pour le bonheur des fans). La musique, relativement discrète et pas toujours bien choisie est épaulée par de nombreux bruitages électroniques parfaitement légitimes dans ce Disney. L’ensemble est évidemment très kitsch mais reste cohérent, compliqué à comprendre certes, mais faire abstraction de certains termes techniques suffira amplement à la compréhension de la majeure partie du film de Steven Lisberger. Cependant, la pauvreté de la trame viendra apporter des moments d’ennuis dans cet univers fantastique, si fantastique qu’il en deviendra d’ailleurs déstabilisant. Et n’oublions pas tout de même que le film souffre de son côté pionnier : certaines scènes piquent les yeux et font mal à voir de nos jours en 2011.

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Malgré de quelques écueils dû principalement à la focalisation du film sur ses effets spéciaux, Tron reste un film culte à regarder en le replaçant dans son contexte si l’on espère passer un bon moment, que l’ont soit geek ou totalement novice dans ce merveilleux monde qu’est l’informatique.

Près de 30 ans plus tard, Disney remet le couvert (ou plutôt, permettez le jeu de mot, le circuit) en proposant une suite au précédent film, tout simplement baptisée Tron, L’Héritage. Le Tron « nouvelle génération » promet d’être beaucoup plus abouti scénaristiquement, musicalement et visuellement. Si la première promesse n’est pas tout à fait tenue, les deux autres le sont avec brio dans cette magnifique odyssée technologique.

 

Vous l’aurez compris, aidé par le progrès technique lui-même, Tron gagne en maturité dans sa nouvelle mouture. Mais ce n’est justement pas par le scénario que celle-ci se ressent, ce dernier restant aussi peu développé que celui de son prédécesseur : Sam Flynn, fils du fameux Kevin Flynn disparu mystérieusement vingt ans plus tôt découvre qu’en réalité son père est prisonnier dans le monde de Tron depuis des cycles (unité de mesure du temps locale). Poussé brutalement au combat dès son arrivée fortuite, Sam se persuadera qu’un échappatoire est possible malgré les innombrables dangers qui les guettent, lui, son père et la dernière survivante d’un peuple massacré par Clu 2.0, Quorra.https://i2.wp.com/img402.imageshack.us/img402/6637/blogcritiques2tront2env.jpg

Le MPC est donc ici « remplacé » par une sorte de sosie de Flynn père, le despote Clu. Ce changement laisse plus de place au méchant, lui insuffle une personnalité inédite plus actuelle que le simple ordinateur mal-intentionné du premier opus. Une intention louable, qui aurait pu être complétée par plus de profondeur et de dynamisme dans la trame; il n’en est malheureusement rien (ou presque). L’ensemble n’est pas mauvais, loin de là, mais le film souffre d’une sorte de lenteur générale, les phases d’actions étant trop éparpillés le long des deux heures que dure l’œuvre. Cependant, le plus de cette suite réside dans le renforcement (ou l’apparition, c’est selon) de la morale qui semble désormais propre à la série : la création qui se retourne contre son créateur, sujet certes classique mais qui reste une valeur sûre. Du reste, ne vous attendez pas non plus à un niveau de dialogue éminent même si la niaiserie omniprésente du premier Tron a ici (heureusement) disparu. Les acteurs sont plutôt à fond dans leurs rôles et certains jouissent d’un certain charisme plus élevé que la moyenne des protagonistes d’un film de ce genre ou d’un Disney tout du moins.

Terminons par le meilleur, les deux aspects qui valent le détour et font de Tron l’héritage ce qu’il est (c’est à dire bien plus qu’un film de science-fiction ordinaire) : le visuel et le sonore. Ce dernier est tout simplement magistral, à condition d’aimer le genre, la BO étant composé par…Daft Punk. Figure française de la musique électronique, le groupe a composé pour Disney une pléthore de musique qui collent parfaitement au style et à l’univers du film. Un bon point, vraiment. Puis vient indubitablement le graphique de ce Tron, exceptionnel en tous points. Les effets visuels détonnent, la lumière scintille de partout, les effets spéciaux sont dignes des plus grands films de Cameron, les décors épatent par leur splendeur et le rendu général du monde même de Tron qui confère à l’ensemble un style jamais vu auparavant, une identité à l’œuvre qui approche le chef-d’œuvre grâce à sa réalisation prodigieuse. Dernier détail, la 3D est tout de même un plus dans certains scènes, donnant plus de relief (pardonnez l’expression) à celles-ci; mais gardez en tête que le film en deux dimensions seulement reste un grand cru visuel.

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Au final, si l’osmose générale qui se dégage du film de Kosinski parvient à plonger le spectateur dans un formidable voyage électronique, elle ne suffira malheureusement pas toujours à faire oublier les quelques défauts d’un Disney qui reste toutefois très honorable et parvient même surpasser son maître, néophytes ou fans confondus. Indiscutablement une nouvelle grosse claque technique.